“Mon cerveau, mon second estomac” 

- Le système scolaire raconté par une créative -

Récemment, au cours d'une discussion, mon interlocuteur a associé l'école à un grand banquet.

Il m’expliquait, en s’appuyant sur la métaphore du scientifique Idriss Aberkane, que chaque plat symbolisait un savoir qui m’était offert et destiné. Ce tableau m'a saisie.

Je me suis vue propulsée dans une salle très élégante, démesurément spacieuse. J'étais entourée d'une multitude d'enfants de tous âges. Nous yeux brillaient d'envie. Nous salivions rien qu'à la pensée de déguster quelques plats savoureux, en fonction, bien sûr, de nos goûts et de notre appétit.

Mais contre toute attente, les maîtres de maison nous ont subitement contraints à tout ingérer, sans même nous laisser le temps d'apprécier les différents agréments. En vérité, cette nappe de conventions absorbait un coulis d'abominations.

En observant les autres, dégoûtée, je reposais ma cuiller.
Beaucoup pleuraient, certains régurgitaient mais tous peinaient et se forçaient à terminer leurs assiettes qu'on remplissait indéfiniment.
J'étais assez lucide pour comprendre ce qui se déroulait: un gavage infantile mais embelli, présenté comme un luxe.

 

C'est dans ces circonstances que j'ai quitté la salle des fêtes en pleurs, frustrée et déchirée.

J'ai claqué la porte et j'ai arrêté de me rendre au lycée parce que j'ai rapidement compris son unique but : former des spécialistes, de bons petits soldats, des ouvriers modèles.

J’étais profondément révoltée, presque à vif parce que les seules attentes du lycée étaient ma présence, ma soumission et mon attention. J'ai trop souvent pleuré d'ennui, assise au fond de la classe, attendant inlassablement que l’on m’offre la liberté de construire quoi que ce soit.

Jamais personne là-bas, n'a pris le temps de m'apprendre la confiance en moi, l'amour, la justice, la passion. Personne n'a jamais veillé à ce que je cultive une personnalité harmonieuse, à ce que je découvre mes véritables capacités, ni même à ce que j'accueille mes émotions. Ce qui me parait être un bon nombre de piliers fondamentaux pour envisager une vie épanouie.

 

J’ai sûrement une sensibilité hors norme, des attentes phénoménales ou encore une soif d’absolu intarissable, mais je suis certaine qu’il est difficile de parvenir à être nourrie et comblée par le système scolaire lorsqu'on est sensible à la justice ainsi qu'à la justesse.

C'était vraiment compliqué, je me suis sentie affreusement seule.

 

Et puis un jour, on m'a parlé de l'Académie des Projets de Vie. C'était ma dernière carte après l’hospitalisation.

Et c'est en donnant mon ticket à l’homme qui m’a accueillie que j'ai vu les portes s'ouvrir, incrédule. Ce monsieur, un peu hippie sur les bords, je l’ai immédiatement entendu hurlé au conventionnalisme d’aller se faire voir, sans même qu’il prenne la peine de cracher quelques mots.

Je crois que c’est le premier qui a vraiment planté son regard dans le mien et qui m’a avoué qu’en vrai je ne suis pas folle. Et puis il a suffit d’un « bienvenue au club ! » pour que l’aventure commence.

 

Je ne fréquente l'APV que depuis quelque semaines et pourtant, même si j’ai bien du mal, je veux croire que je vais parvenir à m’épanouir, goûter l’espoir de voir les années fleurir sereinement...

Par Clotilde L.